ActualitéRéglementationFormation professionnelleFinancement

Réforme de l'Assurance Chômage 2026 : Ce que les organismes de formation doivent savoir

Esteban ANTONIO-MOTA
Réforme de l'Assurance Chômage 2026 : Ce que les organismes de formation doivent savoir

La convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024, agréée par arrêté le 19 décembre 2024, s'applique aux fins de contrat à compter du 1er janvier 2025. Ses mesures phares — mensualisation de l'ARE, nouvelles règles seniors, dispositif saisonniers — sont entrées en vigueur au 1er avril 2025 pour des raisons opérationnelles. Dernier volet déployé : l'ouverture des droits aux primo-entrants depuis le 1er avril 2026.

Pour les organismes de formation, ces évolutions ne sont pas anodines. Elles modifient le profil des publics en recherche de montée en compétences, les mécanismes de financement mobilisables et les opportunités de développement d'activité.

Voici ce qui change concrètement et comment vous pouvez vous y préparer.

Primo-entrants : un nouveau public éligible à l'indemnisation

Depuis le 1er avril 2026, les demandeurs d'emploi primo-entrants bénéficient de conditions d'accès assouplies à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). Sont considérés comme primo-entrants les demandeurs d'emploi qui n'ont jamais fait l'objet d'une admission à l'ARE au cours des vingt années précédant leur inscription à France Travail.

Ce qui change concrètement

CritèreRègle de droit communDérogation primo-entrant
Durée d'affiliation minimale6 mois (130 jours ou 910 heures)5 mois (108 jours ou 758 heures)
Durée minimale d'indemnisationVariable selon l'affiliation152 jours (5 mois)

La période de référence (24 mois, ou 36 mois pour les 55 ans et plus) reste inchangée : c'est le cadre général de l'ARE, commun à tous les demandeurs d'emploi.

Toutes les autres règles de calcul de l'ARE s'appliquent normalement : montant de l'allocation, délais de carence et possibilité de cumul avec une activité réduite.

L'ampleur du dispositif

Selon l'étude d'impact de l'Unédic, cette mesure concerne potentiellement 16 000 nouveaux bénéficiaires par mois à plein régime. Le profil type ? 64 % ont entre 16 et 24 ans, et 35 % sortent de missions d'intérim ou de CDD.

Ce sont précisément des publics qui ont besoin de se former pour stabiliser leur parcours professionnel.

Saisonniers : des droits consolidés depuis avril 2025

Le dispositif pour les travailleurs saisonniers est actif depuis le 1er avril 2025. Il vise les salariés dont l'affiliation repose exclusivement sur des contrats saisonniers et qui ne remplissent pas la condition d'affiliation de droit commun (6 mois). Pour eux, le seuil est abaissé à 5 mois (108 jours ou 758 heures), avec une durée minimale d'indemnisation de 152 jours.

Le décret n° 2026-214 du 28 mars 2026 est venu préciser le périmètre de cette mesure, en y intégrant notamment les vendangeurs. Le texte mérite toutefois une lecture attentive pour apprécier les conditions exactes d'éligibilité selon les situations.

Pour les organismes de formation implantés en zones rurales ou touristiques, c'est un signal à suivre : ces travailleurs disposent désormais d'un filet de sécurité financier qui peut les encourager à s'engager dans une démarche de formation pendant leur période d'inactivité.

Ce que la réforme change pour les seniors en formation

La convention 2024 modifie aussi les règles pour les demandeurs d'emploi âgés de 55 ans et plus à la date de fin de leur contrat de travail qui s'engagent dans une formation :

  • Extension d'indemnisation : jusqu'à 137 jours supplémentaires (182 jours dans les DOM-TOM) lorsque la formation est validée par France Travail ou financée via le CPF. Cette extension est conditionnée à l'âge au moment de la rupture du contrat, pas au moment de l'entrée en formation.
  • AREF maintenue : les demandeurs d'emploi en formation prescrite par France Travail perçoivent l'ARE-Formation (AREF) avec un plancher de 22,99 € par jour.
  • Articulation formation / droits ARE : les périodes de formation financées via le CPF sont désormais comptabilisées dans le délai de déchéance, ce qui évite que le temps passé en formation n'érode la durée restante des droits. Les règles précises d'articulation entre ARE, AREF et rémunération de formation restent techniques : en cas de doute, orientez vos stagiaires vers leur conseiller France Travail.

Ces dispositions renforcent la viabilité économique des formations longues pour ce public. Si vous proposez des parcours certifiants ou des bilans de compétences, c'est une opportunité à intégrer dans votre offre.

Bon à savoir : le dispositif Atout Senior, entré en vigueur début 2026, complète ces mesures en facilitant le recrutement des profils expérimentés. Un levier supplémentaire pour positionner vos formations auprès de ce public.

Quel impact concret pour votre organisme de formation ?

Un vivier de stagiaires élargi

Avec 16 000 primo-entrants supplémentaires chaque mois et des saisonniers mieux couverts, le nombre de demandeurs d'emploi indemnisés — et donc en capacité de financer ou faire financer une formation — augmente mécaniquement.

C'est particulièrement pertinent si vous travaillez avec :

  • France Travail et les dispositifs AIF (Aide Individuelle à la Formation)
  • Des OPCO pour des contrats de professionnalisation
  • Le CPF pour des formations certifiantes

Des parcours de formation à adapter

Les primo-entrants sont majoritairement jeunes et sortent souvent de contrats courts. Leurs besoins portent sur :

  • Les compétences transversales (bureautique, communication professionnelle, posture en entreprise)
  • Les certifications d'entrée de métier (titres professionnels de niveau 3 et 4)
  • L'accompagnement à la définition de projet professionnel

Pour les saisonniers, les besoins s'orientent davantage vers :

  • La polyvalence sectorielle (tourisme, agriculture, restauration)
  • Les habilitations obligatoires (hygiène, sécurité, CACES)
  • La montée en compétences numériques

La gestion administrative, un défi supplémentaire

Qui dit nouveaux publics dit nouvelles conventions, nouveaux dossiers de financement, nouveaux interlocuteurs. Pour un organisme de formation de petite taille, cette charge administrative peut vite devenir un frein.

Entre le suivi des dossiers de prise en charge, la conformité Qualiopi, les émargements, les évaluations et les bilans à produire, chaque nouveau stagiaire représente un volume documentaire conséquent. La capacité à structurer et automatiser cette gestion devient un avantage concurrentiel réel pour capter ces nouveaux publics sans y perdre en qualité de service.

La période de reconversion professionnelle : un nouveau droit à connaître

La période de reconversion professionnelle, inscrite dans le Code du travail par la loi du 24 octobre 2025, offre aux salariés en CDI un cadre pour changer de métier tout en conservant un lien contractuel avec leur employeur. Ce dispositif, pensé comme un complément au PTP (Projet de Transition Professionnelle), ouvre de nouvelles perspectives pour les organismes de formation. Ses modalités précises d'application sont à suivre au fil des décrets d'application.

Combiné aux évolutions de l'assurance chômage, il renforce un mouvement de fond : la formation n'est plus un luxe ou une contrainte réglementaire, c'est un levier de sécurisation des parcours que les pouvoirs publics outillent progressivement.

Comment anticiper ces évolutions dès maintenant

Voici les actions concrètes que vous pouvez engager :

  • Mettez à jour votre catalogue : identifiez les formations éligibles aux dispositifs de financement mobilisables par les primo-entrants et les saisonniers
  • Renforcez vos partenariats : rapprochez-vous de votre agence France Travail locale pour être référencé sur les formations prescrites
  • Préparez votre argumentaire OPCO : les contrats de professionnalisation restent un levier majeur pour les jeunes primo-entrants
  • Simplifiez votre gestion : un suivi des dossiers rigoureux est indispensable pour absorber un volume croissant de stagiaires sans compromettre votre conformité Qualiopi
  • Surveillez le budget formation : dans un contexte de tensions budgétaires sur France Compétences, positionnez-vous sur les financements les plus pérennes

FAQ

Les primo-entrants ont-ils accès aux mêmes formations que les autres demandeurs d'emploi ?

Oui. Le statut de primo-entrant concerne uniquement les conditions d'accès à l'ARE. Une fois indemnisés, ils bénéficient des mêmes dispositifs de formation : AIF, CPF, contrats de professionnalisation, POE (Préparation Opérationnelle à l'Emploi).

Un formateur indépendant peut-il bénéficier de l'assurance chômage ?

Les travailleurs indépendants peuvent prétendre à l'Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI), mais ses conditions restent restrictives. Il faut notamment avoir exercé une activité non salariée à titre exclusif pendant au moins deux ans dans une même entreprise, justifier de revenus d'au moins 10 000 € sur l'une des deux dernières années civiles, et démontrer une cessation involontaire ou économiquement non viable de l'activité. Le montant est d'environ 800 € par mois pendant 6 mois maximum. En pratique, peu de formateurs indépendants remplissent l'ensemble de ces critères. Le portage salarial reste une alternative plus protectrice pour ceux qui souhaitent bénéficier de droits ARE complets.

Quelles sont les dates clés de la réforme ?

  • 1er avril 2025 : entrée en vigueur de la majorité des dispositions (saisonniers, mensualisation, règles seniors)
  • 1er mai 2025 : suppression de la surcotisation employeur de 0,05 %
  • 1er avril 2026 : ouverture des droits primo-entrants
  • 31 décembre 2028 : échéance de la convention actuelle

Comment savoir si mes formations sont éligibles aux financements pour ces nouveaux publics ?

Vérifiez que vos formations sont certifiantes ou inscrites au RNCP/RS, et que votre organisme est certifié Qualiopi. Ce sont les deux prérequis pour accéder aux financements publics et mutualisés. Le simulateur Qualiopi de Planor vous permet d'évaluer rapidement votre niveau de conformité.


En résumé

La réforme de l'assurance chômage, déployée entre 2025 et 2026, élargit progressivement le nombre de demandeurs d'emploi indemnisés : primo-entrants, saisonniers, seniors en formation. Pour les organismes de formation, c'est à la fois une opportunité de développement et un défi organisationnel. Ceux qui sauront adapter leur offre, renforcer leurs partenariats avec France Travail et structurer leur gestion administrative seront les mieux placés pour capter ces nouveaux publics.


Vous cherchez à simplifier votre gestion pour vous concentrer sur la formation ? Voir comment Planor accompagne les organismes de formation au quotidien →

Ce contenu vous a plu ?

Rejoignez les organismes qui simplifient leur quotidien avec Planor.

Découvrir Planor gratuitement